Nos confrères du site africasport.info ont rencontré l’ex sélectionneur de l’équipe nationale A de Guinée, Mohamed Lappé Bangoura. C’était lors d’une formation qu’il a offerte aux entraîneurs locaux du pays à Conakry (21-10-2018). Il est revenu sur son passé avec le syli national. Sa venue à la tête du groupe, son salaire, Lappé a dévoilé les vraies réalités qui se sont passées.
Faites vous du plaisir avec les propos de Lappé Bangoura.
” L’entraineur voyage toujours avec deux valises. Tu déposes les deux. Tu ouvres une et tu laisses l’autre fermée. Dès qu’on dit que tu n’es plus là, tu refermes et tu t’en vas. Si tu n’as pas cette conception, une déception, tu es mort et tu es perdant. On ne s’installe jamais sur une équipe. C’est impossible, surtout lorsqu’on veut montrer ton côté faible. Quand c’est le noir, on cherche toujours le côté négatif. On ne dira jamais, il a gagné mais on dira toujours, il a perdu, il a perdu, mais quand c’est le blanc, on présente le côté positif. Le Sénégal nous a battu combien de fois ? Moi, j’ai éliminé le Sénégal. Combien d’années ce n’est pas fait ? La Tunisie gagne 4-1 c’est ça le problème. Je gagne en Côte d’Ivoire, oui !! La Libye, je joue ici, trois jours après, je joue le match retour, oui c’est la Libye qui a gagné. Ce n’est pas comment j’ai voyagé (les conditions de voyage ndlr). Conakry-Maroc, Marc- Tunis, on prend un autre vol, Tunis-Monastir le car (bus ndlr) six heures (de voyage terrestre). On est arrivé épuisé. Le lendemain on joue le match. Oui, il (Lappé) a perdu, c’est vrai. Mais les gens ont oublié les conditions de voyage. En interview, je ne l’ai pas dit, j’assume mes mots, mais mon préparateur physique a dit qu’il sera surpris de voir la Guinée se qualifier. Maintenant le blanc est là. On joue le 12 novembre 2018 ici (Conakry ndlr), on affrète un vol spécial pour le Rwanda pour le match retour (des éliminatoires). Oui c’est bon ! Maintenant, psychologiquement si tu te dis que tu t’occupes de ça, c’est une peine perdu. Je suis prêt à affronter n’importe qui. Je ne dis pas que je suis au-dessus de quelqu’un, mais parlant football, j’ai mon mot à dire. Après on dit que Lappé prend de l’argent avec des joueurs. Je dis haut et fort si la camera est là qu’on me débarque qu’on me cite un joueur qui après un match m’a donné l’argent. Si ce n’est pas moi qui prend et donne, mais j’assume c’est mon pays. Le match que j’ai perdu contre le Swaziland, je n’étais pas l’entraineur.
Son début avec le Syli:
Je n’étais même pas à Conakry, qui m’appelle, c’est Siaka Barry (Ancien ministre des sports ndlr) je respecte ce monsieur, il m’appelle à travers mon ami Isto Keira, Lappé tu es où? Je suis au village. Viens en Catimini, on a besoin de toi. Je viens, il me dit coach on a un problème. On veut que Fernandez (l’ancien coach du syli) qu’il démissionne à l’amiable, mais on ne veut pas que c’est nous qui le limogeons, maintenant tu te prépares, tu voyages avec l’équipe mais à supposer que tu es intérimaire, tu auras la même la prime que les autres. Je ne peux pas dire non. Ok ! Allons-y. Le lendemain, on me met dans l’avion, on arrive et on me dit coach attends ne fais rien d’abord. La sélection n’est pas de moi. Les joueurs ont refusé de venir en sélection parce qu’avec Fernandez ça n’allait pas trop. Je réunis le groupe. J’ai appelé mes assistants, je leur ai dit, vous connaissez mieux l’équipe que moi. Au Swaziland dans le bus, j’ai dit, attention ! Le petit discours que j’ai à tenir par expérience, à chaque fois qu’on a minimisé un adversaire, la Guinée a toujours perdu le match. Attention !!! Attention !!! On perd, on dit que c’est moi, d’accord c’est moi, je suis d’accord. Ici (Conakry) j’ai gagné contre le Zimbabwe et c’est le Zimbabwe qui est passé premier mais j’ai gagné parce que là c’est moi qui ai fait la sélection.
Les primes :
Après le match perdu, d’habitude les primes sont à l’hôtel, on vient, il y a rien. Ibou (Ibrahima Traoré Capitaine d’équipe ndlr) vient vers moi, coach ce n’est parce qu’aujourd’hui, on vous a mis comme sélectionneur Guinéen qu’on ne va respecter les principes habituels. Nous d’habitude, on finit, on trouve les primes ici (hôtel). Moi, j’étais obligé d’appeler monsieur Antonio Souaré à l’époque, il n’était pas encore président de la FEGUIFOOT. Je lui ai dit prési voilà le problème, il me dit Lappé viens demain au bureau. C’est lui qui a payé les primes. Après pour la coupe du monde, les enfants ont écrit (des conditions ndlr) ils ont cru que c’était moi. Moi, je suis en Guinée (rires), on me dit non, non, ce n’est pas comme ça. La Guinée a participé à quelle coupe du monde ? Ce n’est pas moi qui dois être responsable de ça. En éliminatoires de la CAN 2019, je les ai entamées avec une victoire (contre la Côte d’ivoire 2-3). J’ai emmené la Guinée au CHAN (Championnat d’Afrique des nations 2016, la guinée a fini quatrième, c’était la première participation) j’ai terminé avec la meilleure attaque. Il faut que j’accepte tout ça parce que moi suis Guinéen. Fernandez pour le ramener, on a payé trois. Moi, je n’avais rien demandé à mon départ.
Comparaison de salaire et traitement
J’avais quinze mille euros, celui qui me remplace, il a trente mille (euros) il a sa voiture et son logement (facturé mensuellement à cent cinquante millions de francs guinéens nldr). Moi, je n’avais pas de maison ni de véhicule. Mon remplaçant mange à l’hôtel et on paie l’hôtel pour lui à l’équivalent de mon salaire, quinze mille euros. Moi avec mes quinze mille, je payais Kaba Diawara et Laurent Hatton (coordinateur de l’équipe et coach assistant). Difficilement j’avais neuf mille comme salaire (rires). C’est dire que le métier d’entraineur est complexe, ingrat et compliqué. Si je n’avais pas de niveau aucun blanc n’allait accepter d’être mon assistant. Si je n’avais pas de niveau, je ne pouvais pas entrainer des joueurs professionnels mais chez nous, le noir est ce qu’il est. Il te cherche le côté négatif. Mais, je souhaiterais toujours bonne chance à ma nation”.
Source: Africasport.info