Foot Élite : Camus « On peut être meilleur et perdre, comme on peut être mauvais et gagner »

0

Foot Élite est aujourd’hui un nom qui compte dans le paysage du football guinéen. Son entraîneur, Camus, revient sur son parcours, son rapport au jeu, à la formation, et à la vie. 3eme et dernière parie de l’entretien. 

 « J’étais un amoureux du ballon, un meneur et un capitaine »

Pouvez-vous nous parler de votre passé de footballeur ?

J’ai toujours été passionné par le football. J’étais un meneur de jeu, capitaine dans pratiquement toutes les équipes où j’ai joué. Très tôt, j’ai pris goût au leadership. Dans un groupe, soit j’aidais à faire avancer les choses, soit je restais en retrait, mais jamais je ne perturbais l’équilibre collectif.

Vous étiez dans une catégorie informelle ?

Oui. J’étais capitaine avec Synto à l’Éléphant de Coléah. Mais en septième année, j’ai connu un premier coup d’arrêt : je suis arrivé septième de ma classe, à cause de mes absences répétées. À l’époque, je ne mesurais pas l’importance des notes. Cette période a un peu freiné mon ambition de devenir footballeur professionnel.

En plus, je suis le premier garçon d’une fratrie de cinq. J’ai très tôt dû épauler mes parents. Il fallait trouver un équilibre. À l’école, j’étais plutôt doué et j’avais monté un petit groupe de révision. Les résultats suivaient, plus que sur le terrain.

Mon coach, Amao, pourrait vous le confirmer : je ne jouais au foot que pendant les vacances. Pendant l’année, je me consacrais à mes études. Je ne revenais sur les terrains que pendant les congés, où j’encadrais même les plus jeunes. Je leur préparais des exercices, des programmes. Le goût du coaching est venu de là.

 « J’ai été coach avant d’être adulte »

Comment est venu le déclic pour devenir entraîneur ?

C’est venu naturellement. J’ai grandi dans un quartier plein d’enfants. Très tôt, j’organisais des équipes, des petits tournois entre concessions. Mon oncle me promettait un ballon chaque fois que je finissais premier de la classe. Et à l’époque, le propriétaire du ballon était le chef (sourire).

C’est comme ça qu’est né le FC Camus. Puis, avec le temps, les gens ont commencé à nous appeler Olympique Lyonnais, quand Lyon dominait la Ligue 1. On gagnait tous les tournois de Coléah. De là est née la sélection de Coléah, devenue Foot Élite.

  « Mon fils s’appelle Mbappé, mais il doit d’abord briller à l’école »

Y a-t-il d’autres passionnés de foot dans votre famille ?

Pas vraiment. Sur cinq enfants, je suis le seul à avoir été mordu du ballon.

Et vos enfants, vous les voyez suivre vos pas ?

Je leur laisse le choix. Mon fils de huit ans adore le foot,  il se fait même appeler Kylian Mbappé. Mais il reste concentré sur l’école. Il est brillant, et je veux qu’il garde cet équilibre. Pendant les vacances, je lui donne quelques séances individuelles, sans pression. Les filles aussi font un peu de sport, mais je sens plus de passion chez le petit.

  « Le plus dur, c’est d’être partout à la fois »

Comment parvenez-vous à concilier votre métier et le football ?

Ce n’est pas évident. Être présent à chaque séance, à chaque rendez-vous, demande beaucoup d’énergie. En Guinée, il est difficile de se faire remplacer. Et quand on n’est pas là, les choses ne tournent pas comme on le voudrait.

Que ce soit au terrain ou au bureau, c’est la même exigence. Cela pèse parfois sur la vie de famille, les moments de repos, les voyages… Mais j’essaie de faire au mieux.

Les jeunes ont leurs objectifs, mais ils ont aussi besoin d’un cadre. Le message du coach principal ne passe pas toujours comme celui d’un adjoint. C’est une réalité psychologique ici : les jeunes guinéens écoutent davantage la voix du « patron ».

« J’aime qu’on me voie comme une personne ordinaire »

Vous restez très discret malgré votre parcours. Comment l’expliquez-vous ?

Je pense que c’est une question de chance et d’éducation. J’ai grandi à Coléah, un quartier populaire. Mon père et ma mère nous ont élevés avec douceur, sans jamais nous frapper. Ils nous ont donné beaucoup d’amour.

J’étais un enfant calme, pas attiré par le bruit, la foule ou la fête. Ma mère disait souvent en plaisantant : « Si tu restes trop dans ta chambre, on finira par croire que tu n’es plus là ! » (rire)

J’ai grandi dans un environnement difficile, mais bienveillant. Même les grands du quartier, ceux qui fumaient ou buvaient, me respectaient. Personne ne se permettait de faire ça devant moi. J’étais un peu le petit frère à protéger.

Et j’ai toujours aimé qu’on me voie comme quelqu’un de simple, pas comme une star.

 « Guardiola pour l’innovation, Wenger pour la jeunesse, Zidane pour la sérénité »

Vos modèles d’entraîneurs ?

J’aime beaucoup Pep Guardiola pour sa créativité, Arsène Wenger pour sa foi en la jeunesse, et Zidane pour son calme. Trois styles différents, mais un même amour du jeu.

« Croire, agir sincèrement et apprendre de chaque échec »

Quel message voulez-vous adresser aux jeunes ?

Je leur dis toujours de croire en ce qu’ils font, avec sincérité. On peut souffrir un jour, une semaine, un an… mais si on agit avec le cœur, sans hypocrisie, la réussite finit toujours par venir.

Et surtout, il faut apprendre de chaque expérience. On peut être meilleur et perdre, ou être mauvais et gagner  l’essentiel, c’est d’en tirer des leçons pour progresser.

      « Foot Élite vise le top 5 »

Un dernier mot pour les supporters de Foot Élite ?

L’objectif, c’est clair : terminer dans le top 5. Le championnat est relevé, aucun match n’est gagné d’avance, mais c’est une belle chose. Cela pousse les jeunes à élever leur niveau.

Foot Élite progresse chaque année. Cette saison, nous voulons aussi nous ouvrir à l’extérieur. Avec de la discipline, de l’ambition et un peu d’intelligence, nous irons loin sportivement et financièrement.

Merci, Coach.

C’est moi qui vous remercie. C’est toujours un plaisir.

Facebook Comments Box
Leave A Reply

Your email address will not be published.