« Les annonces du président n’étaient pas du vent »
Lors de votre accession en Ligue 1, le Président Fodé Mansaré avait évoqué plusieurs projets en Europe. On n’en voit pas encore les effets…
Vous savez, Foot Élite avance à son rythme. Les annonces du président n’étaient pas du vent, mais de véritables projets, avec des contrats bien ficelés. Simplement, la première année, nous n’avons pas pu progresser comme prévu, mais le travail se poursuit sereinement.
Il faut comprendre que pour un club comme le nôtre, il était nécessaire de bâtir une crédibilité solide avant de s’ouvrir à des partenaires. Cela dépasse le simple placement de joueurs : nous visons la construction d’infrastructures propres au club. Ces projets avancent bien, croyez-moi.
D’ailleurs, Foot Élite n’est plus seulement un club : nous sommes désormais une société anonyme. Cette transformation répond à des exigences précises pour accéder à de nouveaux financements. Nous remplissons peu à peu toutes les conditions, et les choses prennent forme.
Avant, tout reposait sur la passion. Aujourd’hui, nous avons compris que le football est un véritable business. Nous n’avons pas peur d’investir, encore moins de nous ouvrir aux investisseurs. Inutile de faire de grandes annonces : les résultats parleront d’eux-mêmes.
« L’expérience a un prix »
Ce problème de licence, est-ce que cela reste dans un coin de votre tête ?
Oui, bien sûr. Je fais partie du groupe qui a obtenu la Licence C. C’est d’ailleurs l’étape la plus difficile, car elle se fait localement. Pour les prochaines les Licences B et A, il est possible de les décrocher à l’étranger.
À partir de l’année prochaine, j’aimerais voir comment réduire le temps d’attente entre deux niveaux. J’en ai déjà parlé à Kanfory Lappé Bangoura et au Secrétaire Général de la Feguifoot.
Et au-delà des licences, que faut-il pour faire partie des meilleurs entraîneurs du pays ?
Au-delà des diplômes, il faut continuer d’apprendre. L’expérience a un grand prix. Dans mon autre métier, celui d’architecte, j’ai constaté que l’on peut être plus talentueux ou plus moderne qu’un ancien, mais l’expérience reste irremplaçable. L’œil du vieux capte des erreurs que le jeune mettra plus de temps à percevoir.
J’ai eu la chance de gravir tous les échelons : Ligue 3, Ligue 2, puis Ligue 1. Je connais le football guinéen dans ses moindres détails. Il ne m’effraie pas, mais je sais qu’il faut du temps et des épreuves pour atteindre le niveau des plus grands. Ce n’est qu’une question de patience.
« Ce qui nous fatigue ici, ce n’est pas le talent, c’est l’absence de vrais projets »
On vous a vu bouder une catégorie du Syli. Est-ce que l’ambition a changé ?
Pour le moment, ce n’est pas à l’ordre du jour. Vous savez, avant de s’engager dans un projet, il faut que les conditions soient réunies. En Guinée, ce n’est pas le talent qui manque, mais les projets solides.
J’ai vu la Feguifoot organiser récemment des formations, c’est une bonne chose. Mais confier une équipe à un entraîneur doit s’accompagner d’un vrai projet, avec les moyens nécessaires, comme cela se fait ailleurs. À Dakar, par exemple, j’ai observé comment ils préparent les sélections de jeunes : deux équipes cadettes, l’une pour les qualifications, l’autre uniquement pour la Coupe du monde. Tout est planifié, structuré. Dans ces conditions, les chances de réussite sont naturellement plus grandes.
Se lancer sans base solide, c’est prendre le risque de l’échec. Et ça, ça n’a pas de sens.
« Servir son pays, c’est d’abord du patriotisme »
Vous n’êtes donc pas tenté par la sélection nationale ?
Pas pour l’instant. Gérer une équipe nationale, c’est servir directement le pays, et cela demande beaucoup de patriotisme. Ce n’est pas un poste où l’on va faire semblant. J’ai côtoyé des entraîneurs comme Abedi ou Maleah, qui ont porté la sélection. La reconnaissance vient avec le succès, mais en cas d’échec, tout s’effondre.
Pour ma part, je préfère continuer à apprendre et à accumuler de l’expérience. Quand viendra le moment, je reviendrai servir mon pays avec loyauté et tout l’engagement nécessaire.
Pourquoi se lancer dans une aventure où l’on sait d’avance qu’on n’aura ni la liberté, ni les moyens, ni la possibilité de rêver grand ? Ce serait s’enterrer soi-même.